Nous étions nombreux à rejoindre Paris, ce samedi matin du 26 septembre. En bus, en voiture, en train. Certains avaient déjà l’expérience de grands rassemblements d’église, d’autres avaient déjà vu le Pape à Rome, mais certainement personne n’avait vécu ce qui allait se produire sur les Champs-Élysées.
Alors qu’avenue Foch nous découvrions les longues files de bus stationnés, nous sommes partis à pieds en direction de la plus belle avenue du monde. Approchant du point de rdv, les équipes d’accueil nous ont fait signe de descendre l’avenue qui était à droite. Quelle ne fut pas notre surprise d’avoir à parcourir plusieurs kilomètres de queue jusqu’au point d’entrée de la zone C sud. Durant ces longs moments d’attente, nous avons chanté, nous avons découvert des voisins que nous ne connaissions pas. Nos groupes se sont défaits et refaits au grès des évènements.
Nous avions un signe de ralliement : des rubans jaunes autour du cou qui nous permettaient de nous repérer au milieu des rouges du diocèse de Tours, des bleus du diocèse du Mans ou de d’Orléans. Dans cette zone C, nous nous retrouvions en Province. Au fur et à mesure de notre avancée, nous mesurions de plus en plus l’importance du moment que nous étions en train de vivre. Non seulement par le nombre, mais également par la ferveur, par la joie immense d’être ensemble et par le désir de voir le Pape Léon XIV.
Les organisateurs nous avaient invité à prendre notre déjeuner une fois installés sur les Champs-Élysées, mais l’attente plus longue que prévue nous a fait pique-niquer dans les files. Une fois sur les Champs-Elysées, il fallait encore trouver une place au milieu d’une foule déjà installée, se faufiler, essayer de s’approcher de l’allée centrale pour avoir une chance de voir le pape de près.
Nous pouvions suivre les préparatifs de la messe sur les grands écrans et discerner, au loin, la place de la Concorde avec son obélisque, mais surtout avec cette église de plein air et cette immense rosace qui faisait de ce lieu, un lieu de prière. Nous pouvions voir les équipes de télévision s’affairer aux prises de vue aériennes, aux interview au milieu de nous. Vraiment un moment comme nul autre ailleurs. Au milieu de cette agitation, des prières et sur tous les visages, ce même sourire, cette même joie. Lorsqu’enfin, le murmure se fait de l’approche du pape, la joie explose. Chacun scande sur le rythme du chant Ressucito , « Léon 14, Léon 14, Léon 14, alléluia ». Les bébés sont levés à bout de bras dans l’espérance d’une bénédiction papale. Les téléphones filment ce moment inoubliable. Il approche. Il approche. Il est là !!!… Et déjà il descend plus bas les Champs-Élysées.
Pressés les uns contre les autres, nous comprenons que cette messe va probablement être la messe la plus inconfortable qu’il soit. À peine la place d’être debout, difficile de s’asseoir. Comment cela va-t-il pouvoir se faire ? Comment allons-nous pouvoir prier, écouter la parole de Dieu, louer. Chacun se trouve un petit espace, mais c’est dans l’espace du cœur que va se trouver toute la vraie place.
La liturgie commence et les chants nous saisissent de grâce. Premier moment solennel, le moment où nous ne reconnaissons tous pécheurs sur la plus belle avenue du monde, tous les uns contre les autres d’un même cœur, nous reconnaissons nos fautes, et nous demandons pardon. À partir de ce moment, nous faisons l’expérience de la puissance d’une prière qui nous rassemble, chrétiens de France et de Navarre, à plusieurs centaines de milliers. Nos voix parlent d’une seule voix. Nous écoutons la parole de Dieu et lorsque le Pape commence son homélie, nous sommes unis par le même désir d’entendre son enseignement, d’écouter attentivement ce qu’il a à nous dire dans un silence profond.
Durant la prière eucharistique, malgré l’inconfort, nous essayons de notre mieux de nous rendre présents à ce qui se passe tout en bas de l’avenue des Champs-Élysées, sur la place de la Concorde. Certains peut être ont pu le vivre facilement, mais pour la plupart ce moment était un moment d’effort, de concentration, de silence intérieur pour vivre au rythme des gestes du Pape. Certainement que nous avions tous dans le cœur cette même question : comment dans pareille condition, allions-nous pouvoir communiquer?
Alors se produisit un miracle. Tout au long de l’allée centrale, de chaque côté ont éclos ces parapluies blancs qui manifestaient les points de communion. Reconstituant les processions de communion de nos églises, au milieu de ce désordre visible, les chemins de communion se sont tisser. Nous étions 600 000 à pouvoir communier au corps et au sang de Jésus. Dans un profond respect les uns des autres, nous laissions chacun de nos voisins aller communier à son tour, lui laissant le passage. Tous, nous revenions avec le même Trésor, celui de cette communion du peuple de Dieu, du peuple de France, uni à son pape et à toute l’église. Que nous soyons sur les Champs-Élysées ou derrière notre écran de télévision, nous avons été saisis par ces moments d’un silence profond qui manifestent la présence de Dieu. Tous, nous attendions ensuite la bénédiction du Pape. Quelle joie explosa, lorsqu’est venu le moment de lui dire notre bonheur d’être là avec lui, d’être là tous ensemble, d’être là pour célébrer Jésus-Christ, mort et ressuscité.
C’est émerveillé que nous avons quitté les Champs-Élysées, que nous avons retrouvé le chemin qui nous ramenait dans le diocèse de Blois. Quelque chose de fondamental avait changé en nous, nous avions fait l’expérience d’être là, d’être là avec lui, Jésus, qui a dit : « Là où deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis là au milieu d’eux ». Nous étions beaucoup plus que deux ou trois, et chacun a connu ce bonheur de Sa présence dans le don de l’Unité…
Agnès Bourgait

